vendredi 7 décembre 2012

Le cerveau a-t-il un sexe ?

Où on nous explique que les différences sont "limitées" mais que ça reste difficile à prouver...
Ben voyons...

--------------

(...)

Le Point.fr : Que répondriez-vous au titre de votre livre ? L'homme et la femme ont-ils véritablement un cerveau différent ?

Jean-François Bouvet : Toutes les études, qu'elles soient réalisées post-mortem ou sur le sujet vivant, le confirment : il existe bien une différence physique. En effet, le cerveau de l'homme est, en moyenne, plus volumineux et plus lourd d'environ 150 grammes, que le cerveau de la femme. Et, d'une manière générale, ce ne sont pas les mêmes zones qui fonctionnent pour répondre à une tâche déterminée. Mais si les chercheurs sont aujourd'hui capables de reconnaître, en soumettant le cerveau à une IRM, s'il s'agit d'un homme ou d'une femme, les différences entre les deux restent néanmoins limitées. Ce qui est intéressant, c'est de savoir d'où elles viennent exactement - si elles ne sont pas uniquement liées à la corpulence générale de l'individu - et quel est le rôle joué par les hormones.
(...)

C'est notamment grâce à ces échantillons plus importants qu'on a récemment découvert que les cerveaux évoluaient différemment à l'adolescence...

C'est, en effet, une découverte fondamentale. On assiste à un véritable "chantier cérébral" à cette période, où les zones ne se développent pas de la même façon chez le garçon et chez la fille - dont le cerveau est mûr environ deux ans plus tôt.

Les défenseurs du "déterminisme biologique ", comme la psychologue canadienne Doreen Kimura, n'ont donc pas complètement tort de parler de "cerveau sexué" ?

On sait aujourd'hui qu'il y a une certaine sexualisation du cerveau qui se manifeste très précocement. Dès le stade foetal, par exemple, les cortex diffèrent. Pour autant, les scientifiques se mènent une guerre sans merci concernant l'amplitude et l'origine de ces différences. D'un côté, des neuroscientifiques défendent l'idée d'un cerveau sexué, fruit d'un déterminisme biologique. De l'autre, les papesses des gender studies, affirment que les cerveaux masculins et féminins sont identiques à la naissance mais qu'ils sont façonnés ensuite par l'éducation. Les deux s'affrontent en se traitant d'idéologues. Or, la réalité est bien plus complexe.

Vous voulez dire qu'il est difficile de constater l'effet de ces différences biologiques sur le comportement des individus ?

Absolument. Même si on fait des découvertes passionnantes, il est encore très compliqué de démêler ce qui relève de l'éducation ou du déterminisme biologique. Les seuls domaines pour lesquels c'est relativement clair sont l'orientation spatiale et le langage. Le cortex s'épaissit nettement dans les zones qui stimulent le langage chez les filles. Or les garçons auront, eux, une couche plus épaisse dans les zones favorisant l'orientation.

Vous dénoncez les innombrables études biaisées sur le sujet, du genre "Frénésie de shopping avant les règles : la faute aux hormones !" Pourtant vous évoquez "le fonctionnement cyclique du cerveau féminin". Ne retombe-t-on pas dans la caricature ?

Pas du tout. Dire que le cerveau de la femme fonctionne de manière cyclique n'a rien de révolutionnaire. Ce qui l'est davantage, ce sont les découvertes des psychologues de l'université de Durham en Grande-Bretagne, qui ont réussi à montrer que le cerveau des femmes fonctionnait de façon asymétrique avant l'ovulation, mais de façon symétrique après. En gros, quand leurs taux d'hormones sexuelles sont au plus bas, les femmes traitent l'information, comme les hommes, avec leur hémisphère gauche. En revanche, après l'ovulation, quand les concentrations hormonales sont élevées, les deux hémisphères participent à nouveau de manière équilibrée. Mais, est-ce que ça change pour autant leur façon d'aborder les problèmes ? On ne sait pas encore.

Dans les années 1950, l'anthropologue américain Melford Spiro s'intéressa aux méthodes d'éducation novatrices "unisexes" mises en place dans les kibboutz en Israël. Et il eut la surprise de constater que, sans donner d'indications aux enfants, les garçons se dirigeaient spontanément vers les camions et les filles vers les poupées. Le naturel revient donc au galop ?

Jules Michelet n'avait peut-être pas complètement tort lorsqu'il affirmait que "si on donne à la petite fille le choix entre les jouets, elle choisira certainement des miniatures d'ustensiles de cuisine et de ménage". Les féministes ont eu beau monter au créneau, certaines ont été obligées de reconnaître que le conditionnement dès l'enfance ne fait pas tout. L'expérience a d'ailleurs été renouvelée sur des singes et a obtenu les mêmes résultats. C'est stupéfiant.


(...)

http://www.lepoint.fr/societe/le-cerveau-a-t-il-un-sexe-07-12-2012-1546902_23.php

Aucun commentaire: